LulleLes deux Raymond. — Rien n’interdit d’emprunter aux deux Raymond : Lulle et Lœvy. Au premier, le goût des systèmes complexes, ésotériques, développés comme une sorte de cancer où le schéma tiendrait lieu de tumeur, et qui, dans leurs excès, donnent une illustration éblouissante du développement d’une pensée qui n’a pas d’autre limite que la mort, limite qu’elle transgresse allègrement une vie durant. Au second, la recherche permanente du meilleurs compromis possible entre la folie individuelle du créateur, et cette folie collective qui reste à construire autour de toutes sortes d’objets dérisoires lancés à la conquête des masses, où ils se transmueront en choses si indispensables qu’il devient impensable de vivre sans elles. De cette alchimie, on retiendra sa célèbre formule « MAYA, most advanced, yet acceptable » comme la plus belle expression jamais donnée au dilemme du créateur, et sa résolution en soumission exotérique et moderne aux lois du marché, ce lieu où certaines folies réussissent à se transmuer en coups de génie, et où les coups de génie se mesurent très exactement avec les outils de l’épidémiologie.

LoewyTumeur et marque. — Le premier Raymond pose son schéma complexe et tumoral, avec ses effets d’envahissement internes et intimes. Le second Raymond pose sa marque, simple et virale, avec ses effets d’envahissement externes et planétaires. Vue simpliste ? Oublions la maladie : ce ne sont que des « tags ». Choisis pour délimiter un champ. Signaler quelques lieux. Suggérer quelques mouvements de pensée sur cette « carte du tendre », qui agence quelques mots clef dans sa singulière topologie tabulaire. Sous les 7 catégories exotériques du blog, essayons d’imaginer les 7 livres d’une somme ésotérique où seraient déjà déployée les « Cultural Folies ». On retient si peu des livres qu’il est inutile de les écrire en entier, sauf à les concevoir comme le récit de longues promenades où le pittoresque se régénère simplement à un rythme un peu plus soutenu que dans les petites rêveries de la vie ordinaire. Et, en même temps, les écrire est le seul moyen d’accéder soi-même à un minimum de maîtrise des actes de pensée, et de les partager avec ceux qui font de même. Croire qu’auteurs et lecteur sont deux mondes séparés n’est profitable qu’aux spécialistes de la dyslexie. Michel Ange contre l’ange Mickey. Les mondes clos d’auteurs peuvent encore avoir de beaux jours devant eux. Ils savent mieux que quiconque détourner en technologie de l’intelligence des technologies de communication où la modernité des puces électronique n’a rien effacé – bien au contraire – des manières très archaïques de percer les secrets du monde et de l’esprit en en manipulant, entre raison et déraison, toutes sortes de modèles symboliques.

Tableau